Le graveur
Paul Tassaert
1792 - 1850

dans les collections de la
Bibliothèque nationale de France (BnF)

par Bernard-Jean Simon

Le site historique de la Bibliothèque nationale de France, à Paris, rue de Richelieu, a perdu l’essentiel de ses collections de livres imprimés depuis la création du site François Mitterrand, ouvert en 1996. Le site Richelieu garde toutefois le département des Estampes et de la Photographie qui constitue l’une des premières collections mondiales de gravures, d’images imprimées et de photos. Dans cet ensemble de 9 millions d’objets, le graveur Paul Tassaert tient une place modeste. Dans les collections en cours de réorganisation, seules quelque 30 feuilles sont actuellement consultables, pour la plupart non datées. Sur certaines, les mentions habituelles en pied (titre, nom de l’artiste inspirateur, nom du graveur, nom de l’éditeur) sont absentes. Sur d’autres, l’orthographe Tassaert est altérée en Tassar ou Tassard ou Tassaer ou Tasseard (1).

Paul Tassaert est né à Berlin en 1792, fils du graveur d’origine française Jean Joseph François Tassaert et de son épouse prussienne Dorothée Stenger. Arrivé à Paris avec ses parents dès l’année de sa naissance, il vécut toute sa vie dans cette ville où il épousa Fanny Anne Mauduison, fille du graveur Paul Mauduison père. Il mourut à Paris le 8 mai 1850 (2).

On peut voir, à la BnF, de Paul Tassaert, cinq portraits de contempo-rains : Marie Louise, impératrice des Français, Jean VI, roi du Portugal (dessiné par Esbrard), Charles X, roi de France ainsi que les papes Léon XII et Pie VIII, ce dernier « terminé par Nargeot ». La scène de genre est l’objet de six productions : La toilette de la mariée, Les présents de la noce, La coquette (femme se parant), La ménagère (femme portant un cabas garni), La moisson et La vendange. Ces deux dernières, d’après Bodin, sont des scènes galantes en costume bourgeois, loin de tout réalisme. Quatre petites œuvres racontent l’histoire de Guillaume Tell. Elles sont d’une facture naïve qui semble les destiner à un public enfantin.

Mais la majorité des gravures accessibles relève du genre religieux : La Cène (1828) d’après Léonard de Vinci - Jésus-Christ au jardin des Oliviers et Jésus-Christ au tombeau d’après Westal (nous supposons Richard Westall, 1765-1836) - Ecce Homo et Mater dolorosa d’après Titien - Descente de croix d’après Rubens - Saint Charles Borromée d’après Mignard. Dans une inspiration un peu différente et visant à l’évidence le public populaire figurent Confession et Communion, deux petits formats d’après Soinard, à la limite de la scène de genre. Il s’y ajoute divers sujets de dévotion de qualité médiocre dessinés par des artistes mal documentés qui ont nom Boucheaux, Choquet, Franquelin et Lebour.

Seules les œuvres inspirées par Titien, Vinci, Rubens, Mignard ou Westall sont traitées avec minutie et révèlent un graveur talentueux. On notera particulièrement La Cène d’après Vinci, sans nom de dessinateur, qui est fidèle non seulement au sujet biblique bien connu mais aussi à son arrière-plan et à son plafond à caissons, avec leur jeu savant de proportions.

Quatre estampes portent la mention « A Paris chez Tassaert, graveur, quai des Grands Augustins n° 5 » (3). Les autres œuvres ont été éditées par des maisons parisiennes connues : Bulla, Fontana, Ostervald, Tessari.


RAPHAËL (1483-1520), La Vierge à la chaise, Florence, Palazzo Pitti

Certaines gravures de Tassaert devaient être exportées car deux sujets religieux édités par Bulla sont légendés en français et en espagnol ; toutes les pièces éditées par Fontana portent deux adresses – l’une à Paris, l’autre à Lisbonne – et sont légendées en français et en portugais, sauf João VI (portrait du roi Jean VI), légendé uniquement en portugais.

Enfin, une planche porte la signature « Tassaert » non comme graveur mais comme dessinateur. Inspirée par la Vierge à la chaise de Raphaël, elle est traitée au trait et au pointillé, et annotée « Tassaert del. Geoffroy sculp. » (4). Mais le tableau rond au cadrage serré, conservé à Florence, au palais Pitti, y devient un sujet en hauteur. Le dessinateur a donc ajouté à son illustre modèle une draperie, à l’arrière du sujet, et divers détails dans le dossier de la chaise et le premier plan.

NOTES

  1. Tassar transcrit la prononciation reçue en France du nom flamand Tassaert [tas’a:rt]. Les graphies fautives attestent l’intervention de collaborateurs gravant les textes sur des cuivres annexés à la plaque principale, laquelle seule est l’œuvre du signataire.
  2. Cf. Guy Leclerc, Le graveur Jean Joseph François Tassaert, Biographie et catalogue, Tourn. n° 17, Supplément, année 2009. Ajoutons que la descendance de Paul Tassaert est encore mal connue. Il serait le père de « madame Rollet », femme ayant « gravé d’après Jacquand », avec son mari Louis René Lucien Rollet (1809-1862) et après sa belle-mère, la « citoyenne Rollet », pour reprendre les termes du dictionnaire Bénézit.
  3. TLes adresses connues de Paul Tassaert, à Paris, furent : rue Saint-Jacques - 55,
    quai de la Tournelle - 5,
    quai des Grands Augustins
  4. Il s’agit d’abréviations latines : del. = delineavit = dessina ; sculp. = sculpsit = sculpta ou grava. Le nom Octave ne renvoyant à aucun patronyme d’artiste documenté, nous proposons de lire cette légende : « Dessiné par Octave [Tassaert] et gravé par [Paul] Tassaert ». On sait, grâce à son biographe Bernard Prost, qu’Octave Tassaert fut, vers l’âge de 14 ans, « initié par son frère aîné [Paul] au dessin et à la gravure ».