BIOGRAPHIE
du peintre et graveur
Philippe Joseph Tassaert
1732 - 1803

par Guy Leclerc

D’Anvers à Londres
Philippe Joseph Tassaert est né à Anvers en 1732, fils du maître diamantaire Jean Pierre Tassaert et de Claire Marie Brandts son épouse. Il est aussi le petit-fils de Jean Pierre Tassaert (1651-1724), peintre anversois qui fut l’un des nombreux suiveurs de Rubens. Le registre de l’église Saint-Georges mentionne le baptême de l’enfant le 18 mars 1732. Tandis que son frère aîné, Jean Pierre Antoine (1727-1788), choisit la sculpture et quitte très jeune le pays natal, Philippe Joseph demeure d’abord à Anvers où il apprend la peinture et la gravure et est reçu maître au sein de la guilde Saint-Luc, en juillet 1756. Il s’embarque ensuite pour Londres où il est l’élève de Thomas Hudson (1701-1779), portraitiste renommé.

Retour aux Pays-Bas
Après avoir voyagé en Irlande où il épouse Brigitte Morgan, il est de retour à Anvers, ainsi que l’atteste le fait que les trois enfants du couple ont été baptisés, comme leur père, en l’église Saint-Georges de cette ville : Jean en 1757, Philippe en 1758 et Jacques en 1759. En 1769, Philippe Joseph Tassaert est mentionné à Bruxelles où il porte le titre de « peintre de Son Altesse royale le prince Charles de Lorraine ». En retour, il dédie à Charles de Lorraine une eau-forte d’après Rubens, La Vierge avec l’Enfant.

Etablissement à Londres
Cette même année 1769, Tassaert adhère, à Londres, à la Society of Artists of Great Britain et expose ses gravures dans le cadre de cette institution. Sa résidence est stable dans la capitale du Royaume-Uni où, en 1774, il demeure « rue Georges » (1). On lui connaît toutefois des voyages aux Pays-Bas du Sud où il reçoit des commandes, un grand voyage en Italie, de 1785 à 1790, et un séjour à Berlin, en mai 1790, où il est l’hôte de la veuve de son frère Jean Pierre Antoine, comme l’atteste la correspondance du peintre Daniel Chodowiecki (2).

Son activité comme peintre est mal connue, alors que, comme graveur, sa notoriété s’affirme, ainsi que l’attestent les catalogues de la Royal Academy, de la Free Society of Artists et de la Society of Artists of Great Britain. De plus, en 1771, il est élu pour un an directeur de la Free Society, avant d’en assumer la présidence annuelle en 1774, puis d’en redevenir, en 1776, le directeur annuel. Un tel cursus laisse penser que cet étranger est bien intégré à la vie locale.

Les peintures
Formé dans l’atelier de Thomas Hudson, Philippe Joseph Tassaert est portraitiste. Quatre œuvres de lui relevant de ce genre sont documentées, et ce sont ses seules peintures connues.
La rareté des pièces n’enlève rien à la qualité de celles qui nous sont parvenues, la meilleure étant le portrait de Marie Thérèse Moretus dont on notera la finesse du dessin et la discrétion des couleurs, adaptées au sujet représenté (3).

Les dessins
Seize pièces sont connues : des sujets historiques ou religieux, des portraits individuels ou de groupe, des scènes de genre. La scène d’atelier que nous reproduisons est un petit crayon hâtif, croquant avec humour un trait typique de l’époque. D’autres sont des lavis plus élaborés.

Les gravures
L’activité majeure de Tassaert, pendant au moins 15 ans, est celle de graveur. Trois techniques lui sont familières : la taille douce, la gravure au pointillé et la manière noire (ou mezzo-tinto). Parmi ses inspirateurs, on peut citer plusieurs maîtres du 17e siècle. Pour des sujets religieux, Carlo Dolci, Carlo Maratti et Antoon Van Dyck. Pour des sujets mythologiques, Nicolas Poussin. Pour des sujets nombreux et variés, Peter Paul Rubens qui fut, aux 17e et 18e siècle, l’un des peintres les plus reproduits. D’après Rubens, Tassaert a traité des sujets religieux, ainsi Jonas jeté à la mer ou Le Christ et la femme adultère. Un sujet mythologique : Vénus, Adonis et le petit Cupidon. Un portrait féminin : Jeune fille au chapeau et des portraits de groupe avec enfants qui tous, semble-t-il, représentent les enfants du second mariage de Rubens. On lui connaît 18 paysages gravés. Certains, évocateurs dans leurs titres de l’Italie ou de la Grèce, semblent d’inspiration classique. D’autres, plus nombreux, mentionnent dans leur titre la présence d’animaux : Bétail à l’abreuvoir, Troupeau avec un berger...

Fin de carrière
En 1784 ou 1785, âgé de 52 ans, Philippe Joseph Tassaert cesse d’exposer et part pour Rome. Un document conservé dans cette ville nous apprend qu’il habitait Via dei Condotti, près de la place d’Espagne, puis Via Vittoria. Après 1790, à Londres, il est connu comme restaurateur de peintures anciennes et marchand d’art. Sous la Régence, il restaure des peintures pour le Prince de Galles, futur Georges IV. Il répertorie et probablement restaure des tableaux, à la demande du célèbre marchand James Christie. Et celui-ci le dépêche à Paris où les saisies révolutionnaires nourrissent un important marché d’œuvres d’art (4). Au terme d’une carrière active et variée, âgé de 71 ans, Philippe Joseph Tassaert meurt à Londres le 6 octobre 1803.

NOTES

  1. Le 27 mai 1774, Tassaert était domicilié « George Street » comme on peut le lire sur une lettre écrite par lui au peintre et graveur John Hamilton, conservée à Londres, aux archives de la Royal Academy of Arts (SA/41/8).
  2. Charlotte Steinbrücker, Briefe Daniel Chodowiecki an Anton Graff, 1921. Traduction française partielle par Guy Leclerc in Tournefeuille, n° 11, 2003, p. 29.
  3. Tassaert demanda cinq guinées pour le portrait de F. J. Moretus, arrière-petit-fils de Plantin, autant pour celui de sa femme, et deux guinées et demie pour celui de leur fils Ludovicus. Cf. Leon Voet, History of the Golden Compass of the Plantin-Moretus House, Vangendt, 1969-1972.
  4. Michel Beurdeley, La France à l’encan, 1789-1799, Exode des objets d’art sous la Révolution, Paris, Tallandier, 1981.