Portrait*

BIOGRAPHIE
du peintre
Shedlin
(Reginald Schoedelin)
1908 - 1988

Reginald Schoedelin est né le 3 avril 1908 à Bayonne, de parents britanniques. Passionné par le dessin, il monte à Paris dès l’obtention du baccalauréat et s’inscrit à l’Ecole des Arts-Décoratifs. Mais très vite, il juge cet enseignement trop traditionnel et préfère se former aux académies Colarossi et Jullian.


*Shedlin dans son atelier de Lussas, Ardèche, en 1986.

En 1929, il débute au Salon des Artistes français avec Le Pont Marie, grand paysage urbain à l’encre et à l’aquarelle, traité dans des tons sourds. A partir de 1931, il voyage en Espagne et en rapporte des dessins, prémices de tableaux élaborés en atelier. En 1932, il expose avec une trentaine de camarades avant-gardistes, « le groupe de la péniche ». Il expose également en diverses galeries et au salon des Tuileries, mais ne réussit pas à vendre.

En 1935, le peintre Saint-Maur et lui, avec l’appui de deux revues d’art, organisent le Salon de l’Art Mural. Il y aura, jusqu’en 1949, quatre Salons ainsi dénommés, exposant des compositions susceptibles d’être reportées sur parois. Parmi les exposants : Chagall, Dufy, Léger, Lurçat, Matisse, Miro, Picasso, Vasarely… Au vernissage du 10 juin 1936, il prononce une conférence dont le texte est repris par la revue Europe (15 septembre 1936). Il affirme : « Penser mural, peindre mural n’est pas le privilège d’une seule esthétique […]. L’art mural est le seul art vraiment social ».

Au cours de l’été 1936, voyageant en Espagne, il doit subir les premiers bombardements de la guerre civile. Rentré à Paris, persuadé qu’il a échappé de peu à la mort, il expose Ceci est mon testament, vaste frise expressionniste aux couleurs stridentes. Ceci, un an avant que Picasso peigne Guernica. En vue de l’Exposition internationale de Paris, en 1937, Schoedelin seconde Raoul Dufy qui a reçu commande de plusieurs grands décors. Sa facture personnelle, cependant, est davantage influencée par ses amis Picasso et Léger. Le 7 mars 1940, il épouse Jacqueline Simon, petite-fille du peintre orientaliste Ernest Simon et directrice des éditions Tel, filiale de Gallimard. Quatre mois plus tard, fuyant Paris occupé, il gagne les maquis jusqu’en août 1944. Démobilisé pour raison de santé, il rejoint son épouse, se soigne et reprend l’exercice de son art.

A partir de 1946, sous le nom de Shedlin, il expose des paysages et des natures-mortes. Enfin, ses ventes décollent avec l’appui de bons galeristes et grâce aux achats de plusieurs collectionneurs. La critique le salue volontiers, notamment à l’occasion du salon d’Automne. En 1948, il est naturalisé français. En 1952, ses toiles représentent la France à Sao Paulo et à Santiago du Chili. En ces années, son dessin, très vif, sert de base à des coloris aux contrastes forts. Puis, a la fin des années 1950, son style évolue. Il peint moins de natures-mortes et plus de paysages. Surtout, il adopte des tons plus doux et plus nuancés, se plaçant explicitement dans la mouvance de Pierre Bonnard. C’est aussi l’époque où il produit des lithographies dont quelques-unes en couleur.

En 1964, rendant visite à un ami, il découvre les monts du Vivarais. Séduit par ces paysages austères qui lui rappellent l’Espagne, il achète une maison au village de Mias, commune de Lussas, Ardèche. Très vite, il tire des paysages ardéchois une inspiration nouvelle. Sa palette s’éclaircit. Son mode d’expression favori devient le dessin au pastel gras, sur toile ou sur panneau d’isorel. Il expose à Aubenas, à Vals, à Villeneuve-de-Berg et dans l’ancienne magnanerie de Mias devenue son atelier. En 1973, il se rend au Japon pour exposer et en rapporte des dessins. Enfin, au rétablissement de la démocratie, il renoue avec l’Espagne.

Lorsque son épouse prend sa retraite, le couple vit de plus en plus à Mias. A la fin des années 1970, « Reggie », comme l’appellent ses proches, est éprouvé dans sa santé, mais continue de peindre et de dessiner. Au cours de l’été 1980, il a des conversations devant magnétophone avec un ami professeur de lettres, Maurice Boulle. Le 22 septembre 1988, il meurt à Lussas.

Le Fonds national d’art contemporain et la ville de Strasbourg conservent ses œuvres. Le texte de ses conversations avec Maurice Boulle est déposé aux Archives départementales de l’Ardèche. L’histoire du mouvement L’Art mural a été écrite par René Dauthy et publiée par l’association Les Amis du peintre et sculpteur Saint-Maur sous le titre Saint-Maur et l’Art mural, 1935-1949, Louveciennes, France, 1999. Tournefeuille lui a consacré deux articles, en 2007 et 2008.