Photo vers 1880

BIOGRAPHIE
de
Madame Dardoize
Née Zoé Jaume
1829 - 1904

Zoé Jaume est née à Bourges le 12 mai 1829. André Jaume, son père, était médecin. Hasard ou dévouement politique ? Il était le médecin de Louis Napoléon Bonaparte avant que celui-ci soit interné au fort de Ham, en 1840 ; et après cette date, la famille Jaume visita l’illustre prisonnier et lui porta du linge. Comme sa mère, Jeanne-Anne Pariaux, avant elle, Zoé Jaume fut éduquée à la Maison de la Légion d’Honneur de Saint-Denis.

Le 15 février 1859, elle épousa le peintre et lithographe Emile Dardoize (1826-1901) dont elle eut une fille prénommée Berthe qui devint peintre et décoratrice. Dévouée à Napoléon III, Madame Dardoize réagit à la chute du régime impérial par un intense dévouement. Le Journal des Goncourt rapporte ainsi ses agissements : « Cette petite bourgeoise avait six mille francs de côté quand fut déclarée la guerre avec l’Allemagne et elle les a mangés à fonder une ambulance […]. Elle a frotté le parquet et fait les lits et vidé les pots de trente-deux blessés dont aucun n’est mort ». Sous la Commune, elle monta un réseau de renseignement et, sortant de Paris par les égouts, fut reçue à plusieurs reprises par Monsieur Thiers à Versailles.

Dans les années suivantes, Madame Dardoize fut la collaboratrice d’Eugène Yung, fondateur de la Revue politique et littéraire dite Revue bleue. Elle était en charge de suivre les jeunes auteurs de romans et de nouvelles. Par ailleurs épouse d’un peintre, elle en vint à recevoir dans son salon à la fois des auteurs et des artistes, autour d’Alphonse Daudet et de son épouse qui étaient ses amis. A partir du 15 janvier 1882, Edmond de Goncourt évoque dans son Journal sa présence en ce salon qui se tenait alors au 67 de la rue des Saints-Pères.

En janvier 1886, séparée de son mari, Madame Dardoize reçoit au 10 de la rue de l’Eperon. Pendant quinze ans, des poètes parnassiens ou symbolistes, des romanciers naturalistes, des dramaturges et des boulevardiers, ainsi que des comédiens et comédiennes, des musiciens, des compositeurs et des peintres paysagistes vont se presser dans un salon qui se révèlera vite exigu. « On y jouait la comédie, on y dansait, on y faisait de la très bonne musique, on y soupait par petites tables. Mon père y venait volontiers ainsi qu’Edmond de Goncourt qui y fit représenter son A bas le progrès ». (Lucien Daudet). Parmi les hôtes de marque, on relève le compositeur Bourgault-Ducoudray et les écrivains Jean Aicard, de Banville, Haraucourt, Huysmans, Lecomte de l’Isle, Rodenbach, Rosny Aîné, Vrignault, Zola…

Retirée à Versailles, Madame Dardoize mourut dans cette ville le 19 septembre 1904. Outre Alphonse Daudet et Edmond de Goncourt, les auteurs qui la citent sont :

Lucien Daudet, Souvenirs des milieux littéraires..., 1914-1915, vol 1, p. 88 et vol. 2, p. 214. Armory (Carle Dauriac dit), Cinquante ans de vie parisienne, 1943, p. 48. André de Fouquières, Mon Paris et ses Parisiens, 1959, tome 5, p. 212. Philippe Couton, Tournefeuille, Bulletin annuel..., 2002, n° 10, p. 11.