Portrait *

BIOGRAPHIE

du peintre

Émile Dardoize
1826 - 1901

Louis Émile Dardoize est né le 10 mars 1826, à Paris. Auguste Dardoize, son père, collaborateur de Benjamin Delessert dans sa raffinerie de sucre du quai de Passy, meurt alors qu’il a 14 ans. A ce moment, sa vocation artistique est déclarée. Dans une lettre à son père, quelques semaines avant la mort de celui-ci, il écrit : « L’an dernier, l’amour du dessin s’était déjà emparé de moi. […] Cette année c’est encore pire, cette passion me suit partout, partout il faut que je dessine. […] J’ai le pressentiment continuel que le métier de dessinateur me conviendra fort bien. […] Laisse-moi, je t’en supplie, laisse-moi suivre la voie qui s’ouvre naturellement sous mes pas ». Dans les années suivantes, l’adolescent poursuit ses études au lycée Louis-le-Grand puis entre chez un agent de change. Mais, dix-huit mois plus tard, au grand dam de son entourage, il démissionne, résolu à s’employer exclusivement aux arts plastiques. On ne sait quel mentor a pu le guider après la mort de son père. Le seul indice dont nous disposons se trouve dans la lettre à son père, déjà citée. Il voue de l’admiration, dit-t-il, à Horace Vernet et à Victor Adam ; or, ce dernier peintre dirigeait un atelier de lithographie employant de jeunes dessinateurs.


* Portrait d'Emile Dardoize (détail) à l'âge de 61 ans par Hulda Schenson

Paysagiste et voyageur, admis au Salon à 19 ans
Au cours de l’année 1845, Émile Dardoize voyage dans les Alpes puis autour d’Avignon, avant de prendre à Toulon le bateau pour Alger. Deux lettres ont été conservées de ce voyage qui dut jouer un rôle important dans la formation du jeune artiste qui se range d’emblée parmi les « pleinairistes ». A l’automne, de retour à Paris, il est admis – alors qu’il n’a que 19 ans – à exposer au Salon officiel. Ses premiers envois se font l’écho de ses voyages : Souvenir du Dauphiné (1845), Un marabout aux environs d’Alger (1846), Souvenir de Villeneuve-lès-Avignon (1847).

Lithographe et illustrateur
La peinture ne pouvant faire vivre un jeune artiste sans réputation, il comprend qu’un second métier lui est nécessaire et choisit la lithographie, un art mineur alors en plein développement. Il collabore, au fil des ans, avec une dizaine d’éditeurs qui apprécient son aptitude dans les sujets de paysage et lui commandent soit des œuvres en manière de crayon – monochromes ou bichromes noir et bistre – soit des « chromos » très appréciés des milieux populaires. Son succès en lithographie est tel qu’à partir de 1849 il n’expose plus au Salon. Pour autant, il ne cesse de dessiner sur le motif. On lui connaît, de cette époque, des crayons de Normandie, de Picardie, des Ardennes et des environs de Paris.

Mariage, paternité et veuvage
Le 10 janvier 1850, il épouse mademoiselle Berthe Naze, née en 1829, dont le père est caissier à la Banque de France. Le milieu de la jeune épouse cependant compte moins de banquiers que d’artistes. Par sa mère, Berthe est la petite-fille du compositeur Jean-Louis Duport et la cousine du peintre Octave Tassaert. Son frère Albert est peintre décorateur et elle-même dessine habilement. Le jeune couple emménage au 5, rue du Pont-de-Lodi. Trois enfants naissent : Jeanne en 1850, Marthe en 1853 et Louis en 1854. L’été, la famille séjourne à Meudon, au 22, avenue du Château. Ainsi, les enfants peuvent s’ébattre tandis que le père travaille en forêt. Mais ce temps de bonheur familial connaît une fin brutale. Peu après son troisième accouchement, la jeune mère décède.

Editeur d’estampes
A peu près à la même époque, de lithographe « employé », comme indiqué sur son acte de mariage, Émile Dardoize devient éditeur de lithographies ; les documents administratifs le disent « négociant » ou « éditeur ». Ceci l’amène, avant 1856, à louer le premier étage de l’aile nord d’un ancien hôtel particulier, au 12, rue de l’Eperon, lieu qui abritera, pendant 19 ans, l’atelier lithographique et l’appartement familial.

Marié et père de nouveau
Le 14 février 1859, Émile Dardoize épouse en secondes noces mademoiselle Zoé Jaume. Dix mois plus tard, il leur naît une fille prénommée Berthe. C’est le quatrième et dernier enfant de la famille. En 1870-71, madame Dardoize s’illustre par ses actions patriotiques dont le Journal des Goncourt se fait l’écho. Puis sa culture et son entregent valent à l’épouse du peintre de collaborer à la Revue politique et littéraire (dite Revue bleue), avant de tenir un salon littéraire, autour d’Edmond de Goncourt et d’Alphonse Daudet.

En 1860, madame Dardoize mère achète une propriété au Coudray-Montceaux, près de Corbeil. Le domaine est situé dans une boucle de la Seine, séparé du fleuve par un simple chemin de halage. Ce sera, pendant 30 ans, le séjour favori de la famille et une source d’inspiration pour le peintre. De là, en barque, on peut facilement se rendre à Seine-Port, un site pittoresque connu depuis plus de 30 ans par tous les suiveurs de Corot.

Peintre des sous-bois et des vallées, réadmis au Salon
Au fil des années, les thèmes picturaux d’Emile Dardoize apparaissent d’une grande cohérence. Au rebours de celle d’autres paysagistes, sa peinture ne rend pas compte de la vie paysanne et prête peu d’attention aux grands massifs forestiers. A ces deux poncifs des peintres fréquentant Barbizon, il préfère le rendu des lieux humides et ombragés, si communs dans les vallées de la Seine, de la Marne, de l’Oise, du Grand-Morin, de la Juine, de l’Yerres, de l’Eure… Il est le chantre des sous-bois et des cours d’eau en sous-bois. Cette nouvelle orientation de sa carrière trouve son couronnement en 1863, lorsqu’il est réadmis au Salon après 15 ans d’absence. Sa participation à la grande exposition officielle ne connaîtra plus d’éclipse, jusqu’à sa mort. Les années suivantes, ses toiles y évoquent Seine-Port (1864 et 1866), Maintenon (1865), Château-Thierry (1865), Villeneuve-Saint-Georges (1866), Bougival (1867), Le Coudray-Montceaux (1867), Marly (1869), soit presque toujours l’association fleuve-forêt. Mais c’est un tableau fort différent, La Curée (une vallée sèche en forêt avec des oiseaux charognards) qui est reproduit dans L’Illustration lors du Salon de 1870.

Esthétique des années 1860
Les œuvres conservées de cette époque nous révèlent un paysagiste aux compositions complexes, aux coloris peu contrastés et aux éclairages savamment dosés. L’artiste est alors plus soucieux de la qualité du dessin et des effets lumineux que de la richesse des coloris. La nature pure – sans présence humaine conséquente – est son sujet favori. Mais c’est une nature sereine et accueillante à l’homme, loin des éléments déchaînés ou des ravins inhospitaliers chers à certains contemporains. Les jardins clos comme les taillis touffus, les clairs ruisseaux comme les fleuves nonchalants d’Ile-de-France sont, dans sa peinture, des métaphores de l’âme humaine en attitude méditative.

Nouveaux thèmes, dans les années 1870
En 1875, il cède son commerce d’estampes et va s’installer au 67, rue des Saints-Pères où il dispose, outre du logement familial, de locaux d’enseignement. D’ailleurs, le fisc le classe comme « professeur de peinture ». Peu à peu, ses thèmes picturaux évoluent. Deux fois au moins, en compagnie d’élèves, Dardoize visite l’Auvergne (Royat, Saint-Nectaire, Fontanas, Le Mont-Dore). Le Vexin, autour de Pontoise, est une autre de ses régions favorites. Outre des peintures comme A Osny près Pontoise (Bordeaux, 1878), il en rapporte une suite de dessins – dont Chemin d’Auvers – qui sont diffusés en 1875 par un procédé très soigné de « photoreproduction » (c’est le mot employé par l’éditeur Bulla). Dardoize, venant de quitter le métier de lithographe, n’hésite pas à expérimenter une technique nouvelle qui, sous le nom d’héliogravure, devait supplanter la litho traditionnelle, ou du moins lui faire subir une sévère mutation. Il peint aussi en forêt de Fontainebleau lorsqu’il rend visite, en septembre 1877, à ses enfants Jeanne et Ernest Simon qui ont loué une maison à Bois-le-Roi, en lisière de forêt, et acheté un cheval bien utile pour aller peindre sur le motif. De là Un des chemins de la mare aux Evées, forêt de Fontainebleau (Salon de 1878), seule œuvre à son catalogue – avec un dessin annoté « Mare à Dagniau » – renvoyant avec certitude au massif forestier qu’affectionnaient les paysagistes de la génération précédente.

Peintre de Cernay
Le thème majeur qui apparaît alors dans l’œuvre de Dardoize est celui des Vaux-de-Cernay, petit massif forestier de la haute vallée de Chevreuse, ponctué d’affleurements rocheux, d’étangs et de cascatelles. Il en rapporte des peintures de sous-bois dont la scénographie doit beaucoup à la présence de l’eau. Tantôt un miroir reflétant la verdure environnante ; tantôt un ru bouillonnant, saisi par un observateur que l’on imagine les pieds dans l’eau… Le nom de Cernay, entre 1873 et 1882, apparaît dans 23 titres à son catalogue.

1880, « La nuit verte » et l’aube de la notoriété
Émile Dardoize est alors, dans son style propre, un artiste en pleine possession de ses moyens. La variété des sites qu’il interprète témoigne du professionnalisme avec lequel il exerce son métier de paysagiste. C’est le moment où, en 1880, il présente au Salon La nuit verte, ruisseau sous bois. Plusieurs critiques remarquent cette œuvre qui n’est pas un nocturne, comme son titre pourrait le laisser croire, mais un sous-bois à deux éclairages. Le premier, zénithal et diffus, au premier plan ; le second venant du fond de la composition, comme surgissant d’une clairière invisible. L’effet est celui d’une lumière parcimonieuse à dominante verte. Avec le plan d’eau sans rides et quelques rochers, cette toile est appréciée par plusieurs critiques influents. Le jury du Salon décerne à l’artiste une mention honorable et le collectionneur Alphonse Coste-Rebouilh achète cette toile qu’il lèguera au musée de Carcassonne, sa ville natale.

Cursus honorum
Deux ans plus tard, au Salon de 1882, Émile Dardoize reçoit une médaille de 3e classe pour ses deux tableaux Un coin de Cernay et Crépuscule. Agé maintenant de 56 ans, c’est pour lui le couronnement de vingt ans d’effort, depuis son retour au Salon, en 1863. Conséquence de cette médaille, la ville de Paris achète Un coin de Cernay. L’argument de cette peinture est le même que celui de La nuit verte mais dans une disposition en hauteur et en substituant aux eaux dormantes une petite cascade. Quant au second tableau récompensé, il représente, face au soleil couchant, un berger, son chien et son troupeau. L’allusion aux maîtres de Barbizon est indéniable. On songe à la toile de Jean-François Millet, Le parc à moutons, clair de lune (musée d’Orsay). Mais ce Crépuscule où la figure humaine occupe le centre du tableau n’aura pas de prolongement dans la production de Dardoize qui revient vite aux paysages inanimés. En 1889, à l’exposition universelle de Paris, il présente deux peintures de sous-bois, comme pour se montrer fidèle à l’image que l’on garde de lui depuis La nuit verte. Il obtient une médaille de bronze qui lui vaudra le qualificatif recherché de hors-concours.

Dessinateur sur papier teinté
Parmi les critiques qui lui sont favorables, mentionnons Eugène Guénin qui est seul à s’intéresser aux dessins de Dardoize : « Aux initiés, le peintre ouvre les nombreux cartons qui contiennent ses dessins. "C’est peut-être, dit l’artiste, la seule chose qui me survivra et dont je suis un peu fier". Ma foi, il y a de quoi. Ce sont de vrais tableaux exécutés au crayon lithographique sur papier bleuté légèrement rehaussé de gouache. […] Pourquoi, me demanderez-vous, se servir d’un crayon lithographique plutôt que de mine de plomb ou de Conté ? Parce que c’est un crayon qui procure une grande harmonie de tonalités, qui ne s’efface pas et avec lequel on évite le brillant de la mine de plomb. Très souple, très gras, le crayon lithographique permet de ne pas arrêter les contours, et c’est le ton d’un objet qui donne la valeur de son voisin ».

Nouveaux thèmes après 1880
Avant même son succès au Salon de 1882, Émile Dardoize veille à ne pas s’enfermer dans le genre étroit du sous-bois. Il part donc à la découverte de sites nouveaux et d’abord de la vallée de la Creuse, près de Crozant. Au Salon de 1881, il expose Un matin sur la Creuse, paysage plus minéral que boisé, avec une intéressante recherche de luminosité et – cas unique dans son œuvre – animé par une baigneuse à la plastique irréprochable. Dans les œuvres datées d’Emile Dardoize, c’est le premier paysage que l’on peut qualifier de clair. Car peindre clair était alors une nouveauté !

Dans une contrée fort différente, son gendre Simon, en 1882, s’est fait construire une maison sur la falaise de Carolles, Manche, dominant la baie du Mont-Saint-Michel. Dardoize aborde bientôt les thèmes propres à cette région dans Coin de plage à Carolles (Lyon, 1888) ou De Genêts au Mont-Saint-Michel (Salon de 1889) qui montre un groupe de promeneurs traversant la baie à marée basse. Toujours en Normandie, il peint Mortain et ses cascades, le château de Falaise, les rives de l’Orne… Une autre province bien typée, la Bretagne, retient son attention à partir de 1887. Il peint la côte nord (Les rochers à Saint-Briac, 1887). Il passe ensuite l’été 1889 à Morieux, avec plusieurs camarades dont Louis Français, et en rapporte le thème de plusieurs toiles dont la plus notable est Jour d’été à Morieux, Côtes-du-Nord (Salon de 1893, vendue aux Etats-Unis).

Nouvelle esthétique, vers 1885
Une évolution stylistique se remarque dans ses œuvres bâties à partir d’une oblique surgissant de la base du tableau pour creuser l’espace. Ceci est observable dans des paysages non datés que l’on s’accorde à situer vers 1885, comme Les meules ou Bord de Seine au Coudray, les péniches. Au Salon de 1886, il reprend le thème de Seine-Port qu’il avait traité vingt ans plus tôt. L’illustration parue dans Salon-Artiste, Quantin éd., nous permet d’apprécier combien son esthétique a changé. L’horizon est plus bas, le ciel plus ensoleillé, le premier plan plus ouvert. Ce que la peinture perd en précision du dessin et en complexité dans la construction du tableau, elle le gagne en rendu atmosphérique. Si timide qu’il nous paraisse aujourd’hui, un souffle de modernité anime l’œuvre. Émile Dardoize se place dans la mouvance de Corot, de Daubigny, de Français, d’Harpignies… C’en est fini des tableaux surchargés et des recherches d’effets au détriment du vrai. On s’attache désormais à une image de la nature emprunte de simplicité, tantôt dans ses aspects les plus humbles qui n’en sont pas moins vrais, tantôt enveloppée de la sobre majesté qu’avait si bien saisie l’ancienne tradition italianisante. Mais la touche, chez Dardoize, reste ferme et son trait demeure d’une grande netteté. Il n’adopte pas, ou pas encore, les fonds vaporeux et les branchages cotonneux chers à d’autres. Il est, sur ce point, plus proche d’Harpignies que de Corot.

Retour à Cernay et en Normandie
Assez original, au plan esthétique, est le retour du vieux maître aux Vaux-de-Cernay, dans les années 1890, où il peint non des sous-bois, comme jadis, mais le grand étang et le moulin situé sur sa rive (Salons de 1895 et 1896). La profondeur de champ, la beauté du ciel et de son reflet dans l’eau, la vigueur des grands arbres opposée à la souplesse des roseaux font l’intérêt de ces deux œuvres. Les peintures inspirées par la Normandie demeurent nombreuses. Aux vues de la baie du Mont-Saint-Michel (Salons de 1896, 1898, 1899 et 1901) et de la haute vallée de l’Orne (1897 et 1900), il ajoute la représentation de quatre sites nouveaux : Gisors, Eure (1892), Les Andelys, Eure (1892), Domfront, Orne (1900) et les marais du centre Cotentin. Celles de ces œuvres qui nous sont connues sont des paysages ouverts, dans lesquels la représentation fidèle des sites ne va pas sans un soupçon de poésie.

Découverte des Alpes-Maritimes
Un thème nouveau – le dernier – apparaît dans son œuvre à cette époque, celui de la Côte d’Azur, région où ses amis Louis Français et Henri Harpignies étaient des hivernants assidus, ce qui a pu l’influencer. En 1888, pour la première fois à notre connaissance, Émile Dardoize passe l’hiver à Nice. Cette villégiature est pour lui un temps de travail. Agé de 63 ans, il rapporte des Alpes-Maritimes une inspiration nouvelle, plus colorée. Nous constatons, au vu des œuvres conservées, qu’il voyagea le plus souvent pendant la saison où les arbres sont sans feuilles, les ruisseaux pleins d’eau et les sommets de l’Esterel enneigés. Pour autant, on ne peut parler de parti pris hivernal, car ses peintures du Midi ont toutes un rendu habile de l’ensoleillement qui contribue à leur charme. Les sites identifiés sont Théoule, La Napoule, Cannes, Le Cannet, Cagnes, Nice et Beaulieu. Au total, une vingtaine de sujets sont documentées.

Le mont Chevalier à Cannes est une composition en hauteur, popularisée par une estampe photographique (Le Modèle, 1er janvier 1898). Le village, que des contemporains comme Français ont représenté, est évoqué discrètement, à contre-jour. Trois grands pins le masquent pour laisser l’essentiel du sujet à une lande pierreuse animée par quelques figures, dont un chevrier et son maigre troupeau. Une lumière dure, burinant les zones d’ombre, fait sentir la sécheresse de l’atmosphère.

La pinède est une petite toile aux tonalités claires. Dardoize s’y révèle comme toujours excellent peintre d’arbres, mais dans des couleurs non saturées et sans le rendu appliqué des œuvres destinées au Salon. C’est donc un témoin précieux de « l’autre manière » reçue dans l’atelier, que ses élèves vont pratiquer allègrement et longtemps après lui.

Le petit pont est une toile de facture traditionnelle, peinte dans des couleurs saturées avec un rendu très fignolé. Son sujet est un paysage ensoleillé bien qu’hivernal, centré sur un cours d’eau et un pont de pierre blanche. Il pourrait s’agir du tableau qu’Emile Dardoize intitula Le Riou à Cannes (Nancy, 1897), quand ce ruisseau coulait dans un cadre rural, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Trois peintures de Cagnes nous sont parvenues. La première est intitulée L’olivier, paysage du Midi. Cantonnant la ville sur l’horizon, elle décrit, au premier plan, une oliveraie et singulièrement un très vieil arbre, massif et noueux à souhait. A ce tableau de dimensions moyennes s’en ajoute un second, de plus grand format, présenté au public au Salon de 1898 et à l’exposition universelle de 1900. Intitulé Olivier à Cagnes, Alpes-Maritimes, il nous est connu par une photo avec, au premier plan, l’artiste posant la palette à la main. Ces deux œuvres, traitées dans des couleurs froides, paraissent d’un strict réalisme. Mais, peint par un septuagénaire et avec tant de précision dans les détails, le vieil olivier pourrait se comprendre comme l’image allégorique de son auteur.

Fort différente, la troisième œuvre est appelée Vue de Cagnes. A partir d’un premier plan ouvert, c’est un étagement d’édifices solidement bâtis entre lesquels jouent la lumière et l’ombre. Mais, avec sa végétation aux teintes chaudes et chatoyantes, cette peinture s’écarte de la description réaliste sur un dessin minutieux, habituelle à l’artiste. Disons-le, c’est l’œuvre d’Emile Dardoize la plus proche du courant impressionniste. On peut y voir l’aboutissement de sa carrière de peintre, le terme d’une évolution qui l’a conduit des vallées d’Ile-de-France aux abords de la Méditerranée et des paysages méditatifs de l’âge romantique à l’exubérance coloriste où il rejoint les amis de Renoir et de Monet.

Les derniers honneurs, la mort, le devenir de l’œuvre
La dernière marque de reconnaissance publique accordée à l’artiste est la médaille de bronze qui récompense son Olivier à Cagnes à l’exposition universelle de 1900. Après une brève maladie, Émile Dardoize meurt le 17 octobre 1901, en son domicile parisien. Il était âgé de 75 ans. Aujourd’hui, les villes de Carcassonne, Dunkerque, Granville, Honfleur, Paris et Riom conservent des œuvres d’Emile Dardoize. En 1985, son catalogue raisonné a été établi par Véronique Dardoize (Université Paul-Valéry, Montpellier). En l’été 2011, le château-musée de Cagnes-sur-Mer a exposé sa Vue de Cagnes, huile sur panneau, signé, 27,5 × 40,5 cm.